Qualité de l'air intérieur : les principaux polluants
La qualité de l'air intérieur dépend de quelques polluants bien identifiés : formaldéhyde, monoxyde de carbone, particules, moisissures, radon. D'où viennent-ils, quels repères officiels retenir et comment les réduire chez vous ?
L'essentiel en bref
- Les Français passent 20 à 22 heures par jour dans des lieux clos (CGDD) ; l'air intérieur y est souvent plus chargé que l'air extérieur.
- Lors de la campagne OQAI (567 logements, 2003-2005), le formaldéhyde a été trouvé dans tous les logements, à une concentration médiane dix fois plus élevée qu'à l'extérieur.
- Les polluants sont chimiques (COV, CO, NO₂), biologiques (moisissures, acariens) ou physiques (particules, radon).
- Valeurs-guides réglementaires : formaldéhyde 10 µg/m³ depuis 2023, benzène 2 µg/m³ depuis 2016 (décret n° 2011-1727).
- Le monoxyde de carbone provoque environ 4 000 intoxications par an en France (Santé publique France).
- Agir d'abord sur les sources (tabac, produits A+, entretien des appareils), puis aérer chaque jour et laisser la VMC fonctionner en permanence.
Sommaire
Nous passons l'essentiel de nos journées dans des espaces clos, et d'abord chez nous. Or l'air d'un logement n'est pas plus propre que celui de la rue : il est souvent plus chargé. La qualité de l'air intérieur dépend de ce que l'on y émet (matériaux, meubles, chauffage, cuisine, occupants) et de la façon dont on renouvelle cet air. Connaître les principaux polluants, et savoir d'où ils viennent, permet d'agir sur les bonnes causes.
Qualité de l'air intérieur : pourquoi s'en préoccuper
Selon le Commissariat général au développement durable (CGDD), les Français passent en moyenne 20 à 22 heures sur 24 dans des lieux clos ou semi-clos. La deuxième campagne nationale dans les logements, citée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), estime à 75 % la part du temps passée à l'intérieur du domicile.
La référence française reste la première campagne de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur (OQAI) : 567 logements instrumentés pendant une semaine entre 2003 et 2005, représentatifs des résidences principales de métropole. Ses conclusions, reprises par le CGDD :
- le formaldéhyde a été retrouvé dans tous les logements ;
- sa concentration médiane était environ dix fois plus élevée à l'intérieur qu'à l'extérieur ;
- 9 % des logements présentaient des concentrations très élevées pour plusieurs polluants à la fois.
En 2014, une étude de l'Anses, de l'OQAI et de l'économiste Pierre Kopp a évalué le coût socio-économique de six polluants de l'air intérieur à environ 19 milliards d'euros par an. L'agence précise que ce chiffre a « un caractère plus illustratif que définitif » ; il donne surtout un ordre de grandeur.
Trois familles de polluants dans le logement
L'Anses classe les polluants de l'air intérieur en trois familles :
- chimiques : composés organiques volatils (COV, des substances qui s'évaporent à température ambiante, comme le formaldéhyde ou le benzène), oxydes d'azote, monoxyde de carbone, hydrocarbures aromatiques polycycliques, phtalates ;
- biologiques : moisissures, allergènes d'acariens, d'animaux domestiques ou de blattes, pollens ;
- physiques : particules et fibres (dont l'amiante et les fibres minérales artificielles), auxquelles s'ajoute le radon, gaz radioactif d'origine naturelle.
Les sources se regroupent elles aussi en quatre grandes catégories : les matériaux de construction, de décoration et le mobilier ; les appareils à combustion (chaudières, poêles, chauffe-eau) ; nos activités (tabac, cuisson, bougies, parfums d'intérieur, produits ménagers) ; enfin la pollution extérieure, qui entre dans le logement.
Les principaux polluants, un par un
Le tableau ci-dessous rassemble les polluants les plus fréquents dans un logement, leurs sources et un repère chiffré officiel quand il existe. Deux types de repères coexistent : les valeurs-guides réglementaires, fixées par décret pour le formaldéhyde et le benzène, et les valeurs guides de qualité d'air intérieur (VGAI) proposées par l'Anses, en dessous desquelles aucun effet sur la santé n'est en principe attendu pour la population générale.
| Polluant | Principales sources | Effets possibles | Repère chiffré |
|---|---|---|---|
| Formaldéhyde (COV) | Panneaux de particules et agglomérés, colles, mousses, textiles, peintures, tabac | Irritation des yeux et des voies respiratoires | Valeur-guide réglementaire : 10 µg/m³ depuis 2023 (décret n° 2011-1727) |
| Benzène (COV) | Combustion, fumée de tabac, air extérieur | Effet cancérogène, sans seuil | Valeur-guide réglementaire : 2 µg/m³ depuis 2016 (décret n° 2011-1727) |
| Monoxyde de carbone (CO) | Chaudières, chauffe-eau, poêles, chauffages d'appoint mal entretenus ou mal ventilés | Maux de tête, nausées, intoxication parfois mortelle | VGAI Anses : 10 mg/m³ sur 8 h |
| Dioxyde d'azote (NO₂) | Cuisson au gaz, appareils à combustion, trafic | Irritation des voies respiratoires | VGAI Anses : 20 µg/m³ sur le long terme |
| Particules | Air extérieur, chauffage au bois, cuisson, bougies, encens, tabac, bricolage | Atteintes respiratoires, asthme | VGAI Anses mises à jour en mai 2026 |
| Moisissures | Humidité, dégâts des eaux, ponts thermiques, ventilation insuffisante | Allergies, asthme | Présentes dans 37 % des logements (OQAI, cité par l'ADEME) |
| Acariens | Literie, canapés en tissu, tapis, moquettes, rideaux | Allergies, asthme | Prolifèrent au-delà de 20 °C en ambiance humide (ADEME) |
| Radon | Sous-sols granitiques ou volcaniques, caves peu ventilées | Cancer du poumon | Niveau de référence : 300 Bq/m³ en moyenne annuelle |
| Dioxyde de carbone (CO₂) | Respiration des occupants | Pas un polluant toxique aux niveaux courants : indicateur de confinement | Pas de VGAI ; l'Anses le recommande comme indicateur |
Quelques précisions utiles :
- Formaldéhyde. C'est le COV le plus emblématique de l'air intérieur. Il est émis par les panneaux de particules, certaines colles, mousses isolantes, moquettes et textiles, d'après le guide de l'ADEME (Agence de la transition écologique) Un air sain chez soi.
- Monoxyde de carbone (CO). Incolore, inodore et non irritant, il ne se détecte pas sans appareil. Santé publique France recense environ 4 000 intoxications par an en France.
- Particules. L'Anses estime que 24 150 cas d'asthme chez l'enfant pourraient être évités si tous les logements respectaient la valeur guide pour les particules fines (PM2,5).
- Moisissures. L'enquête OQAI, citée par l'ADEME, en a trouvé dans 37 % des logements, souvent cachées (derrière un meuble, un papier peint).
- Radon. Ce gaz naturel est responsable de 5 à 12 % des décès par cancer du poumon selon le CGDD. Le territoire est découpé en trois zones à potentiel radon ; en zone 3, la mesure n'est pas obligatoire dans les habitations mais elle est recommandée par les pouvoirs publics.
- Tabac. La fumée contient plus de 3 000 substances dangereuses (ADEME) : fumer à l'intérieur reste la première source évitable.
Maux de tête, nausées, vertiges chez plusieurs personnes d'un même logement, surtout près d'un appareil à combustion : aérez, arrêtez l'appareil, sortez et appelez les secours. Faites entretenir chaque année chaudière et chauffe-eau, ramoner les conduits, et n'utilisez jamais un chauffage d'appoint à combustion en continu.
Le formaldéhyde en chiffres
Le formaldéhyde illustre bien l'écart entre l'air intérieur et l'air extérieur. Lors de la campagne OQAI, sa concentration médiane atteignait 19,6 µg/m³ (microgrammes par mètre cube) à l'intérieur des logements, contre 1,9 µg/m³ dehors. Le décret n° 2011-1727 a ensuite fixé une valeur-guide de long terme de 30 µg/m³ à partir de 2015, abaissée à 10 µg/m³ à partir du 1er janvier 2023.
Ces valeurs-guides sont des objectifs de qualité de l'air et non des seuils dont le dépassement serait sanctionné chez un particulier. Elles indiquent le niveau vers lequel tendre chez soi.
Depuis le 1er septembre 2013, les revêtements de sol et de mur, peintures, vernis, colles, isolants, cloisons, portes et fenêtres destinés à un usage intérieur portent une étiquette d'émissions de COV, de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions). Elle est définie par l'arrêté du 19 avril 2011.
Le rôle de la ventilation
Réduire les sources ne suffit pas : les occupants émettent eux-mêmes de la vapeur d'eau et du dioxyde de carbone (CO2). Il faut donc renouveler l'air en continu. L'arrêté du 24 mars 1982 relatif à l'aération des logements impose que l'aération soit « générale et permanente », au moins pendant la saison où les fenêtres restent fermées : l'air neuf entre par les pièces principales et l'air vicié est extrait dans les pièces de service (cuisine, salle de bains, WC).
Le CO2 n'a pas de valeur guide, mais l'Anses le recommande comme indicateur du confinement : un taux qui grimpe dans une chambre fermée signale un air mal renouvelé, et donc l'accumulation probable des autres polluants.
Une maison bien isolée et étanche à l'air n'est pas, par nature, une maison à l'air vicié. Au contraire, une enveloppe étanche permet à la ventilation de faire passer l'air là où il est prévu, au lieu de dépendre des fuites et du vent. Nous l'expliquons dans « Une maison trop étanche ne respire pas » : vrai ou faux ? Encore faut-il que la ventilation fonctionne réellement : en construction neuve RE2020, ses débits sont vérifiés à la livraison (voir le contrôle de la ventilation RE2020). Un air trop humide, enfin, se repère souvent sur les vitrages : la condensation sur les fenêtres est un bon signal d'alerte.
Améliorer l'air de son logement : les sources d'abord
Les recommandations de l'Anses et de l'ADEME suivent la même logique : supprimer ou réduire les sources, puis évacuer ce qui reste.
- Ne pas fumer à l'intérieur et limiter bougies, encens, désodorisants et sprays.
- Choisir des produits étiquetés A+ (peintures, colles, revêtements) et aérer largement pendant et après des travaux.
- Aérer chaque jour, même en hiver : l'Anses conseille au moins 10 à 15 minutes par jour, l'ADEME 5 à 10 minutes par jour en logement équipé d'une VMC.
- Laisser la ventilation fonctionner en permanence, ne jamais boucher les entrées d'air ni les bouches d'extraction, nettoyer ces bouches et faire entretenir le système.
- Maîtriser l'humidité : hotte pendant la cuisson, couvercle sur les casseroles, aération après la douche. L'ADEME recommande une humidité relative de 40 à 60 %.
- Entretenir les appareils à combustion chaque année et faire ramoner les conduits.
- En zone à potentiel radon 3, faire mesurer le radon : la mesure n'y est pas obligatoire dans les habitations, mais recommandée.
Un petit capteur de CO2 ne mesure pas les polluants eux-mêmes, mais il montre très bien quand une pièce n'est plus assez ventilée : chambre porte fermée, séjour plein d'invités. S'il grimpe fortement chaque nuit malgré une VMC en marche, faites vérifier les débits de ventilation.
Si vous faites construire, demandez le rapport du contrôle de ventilation et, plus largement, intéressez-vous au test d'étanchéité à l'air : une enveloppe maîtrisée et une ventilation contrôlée sont les deux conditions d'un air intérieur sain.
Données à télécharger
Questions fréquentes
Quels sont les principaux polluants dans un logement ?
Les plus fréquents sont les composés organiques volatils (COV), dont le formaldéhyde et le benzène, le monoxyde de carbone, le dioxyde d'azote, les particules, les moisissures, les allergènes d'acariens et, dans certaines régions, le radon. La fumée de tabac reste la source la plus concentrée. Le dioxyde de carbone n'est pas toxique aux niveaux courants, mais il indique si l'air est assez renouvelé.
D'où viennent les polluants de l'air intérieur ?
De quatre grandes sources : les matériaux de construction, de décoration et le mobilier (colles, peintures, panneaux de particules) ; les appareils à combustion (chaudière, poêle, chauffe-eau, gazinière) ; les activités des occupants (tabac, cuisson, bougies, produits ménagers, humidité) ; enfin l'air extérieur et le sol, qui apportent particules, dioxyde d'azote ou radon.
Comment savoir si l'air de mon logement est pollué ?
Certains signes doivent alerter : odeur de renfermé, condensation fréquente sur les vitres, taches de moisissure, maux de tête près d'un appareil à combustion. Un capteur de CO2 renseigne sur le renouvellement d'air, pas sur les polluants eux-mêmes. Pour le radon, une mesure est recommandée en zone 3. Si les signes persistent malgré une ventilation en marche, faites vérifier les débits par un professionnel.
Aérer en hiver fait-il perdre beaucoup de chaleur ?
Non, si l'aération est courte. Ouvrir grand quelques minutes renouvelle l'air de la pièce ; c'est le chauffage d'une fenêtre entrouverte toute la journée qui coûte cher. L'Anses recommande d'aérer au moins 10 à 15 minutes par jour, y compris en hiver. Et n'arrêtez jamais la VMC pour économiser du chauffage.
Sources et textes de référence
- L'environnement en France, édition 2014 — L'état des milieux : l'air intérieur — Commissariat général au développement durable (CGDD) (octobre 2014)
- Les valeurs guides proposées pour des environnements intérieurs — Anses (mise à jour du 11 mai 2026)
- Tableau de synthèse des valeurs guides de qualité d'air intérieur (VGAI) — Anses (2026)
- Agir pour améliorer la qualité de l'air intérieur — Anses (mise à jour du 2 octobre 2026)
- Décret n° 2011-1727 du 2 décembre 2011 relatif aux valeurs-guides pour l'air intérieur pour le formaldéhyde et le benzène — AIDA — Ineris (2 décembre 2011)
- Étiquetage des produits de construction ou de revêtement de mur ou de sol et des peintures et vernis — Ministère de la Transition écologique (consulté le 19 octobre 2026)
- Un air sain chez soi — guide pratique — ADEME (octobre 2016)
- Monoxyde de carbone — les enjeux de santé — Santé publique France (consulté le 19 octobre 2026)
- Première étude en France sur l'estimation du coût de la pollution de l'air intérieur — Anses (9 septembre 2014)
- Fiche radon n° 1 — Les acteurs de la gestion du radon — Autorité de sûreté nucléaire (ASN) (consulté le 19 octobre 2026)
- Arrêté du 24 mars 1982 relatif à l'aération des logements (version en vigueur, article 1) — Légifrance (version en vigueur au 12 octobre 2026)
Article rédigé à partir des textes en vigueur à la date de publication. La réglementation évolue : vérifiez toujours la version applicable à votre projet (date de dépôt du permis de construire).