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Acoustique · Guide

Mesures acoustiques in situ : la série NF EN ISO 16283

La série NF EN ISO 16283 encadre la mesure acoustique in situ de l'isolation aux bruits aériens, aux bruits de choc et des façades. Voici ce qu'elle impose sur le terrain et comment elle s'articule avec la méthode attendue pour l'attestation acoustique.

L'essentiel en bref

  • La série NF EN ISO 16283 compte trois parties : bruits aériens (partie 1), bruits de choc (partie 2) et façades (partie 3). Elle remplace les normes ISO 140-4, 140-5, 140-7 et 140-14.
  • Domaine commun : pièces de 10 à 250 m³, fréquences de 50 à 5 000 Hz.
  • La partie 1 exige au moins 2 positions de haut-parleur et au moins 5 positions de microphone par salle et par position de source.
  • DnT = L1 − L2 + 10 lg(T / 0,5) : l'isolement est ramené à une durée de réverbération de référence de 0,5 s.
  • Pour l'attestation acoustique des logements neufs, le guide n° 6 du CNB recommande le guide de mesures acoustiques DGALN de 2014, une méthode de contrôle plus légère.
Sommaire
  1. Ce que couvre la série NF EN ISO 16283
  2. De L1 − L2 au DnT : la chaîne de calcul de la partie 1
  3. Positions de haut-parleur et de microphone
  4. Matériel, bandes de fréquences et étalonnage
  5. Mesure réglementaire en France : ISO 16283 ou guide DGALN ?
  6. Exemple de calcul pas à pas (valeurs fictives)
  7. Points de vigilance pour le mesureur
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

La série NF EN ISO 16283 regroupe les normes de mesure acoustique in situ, c'est-à-dire réalisée dans le bâtiment fini et non en laboratoire. Elle décrit comment mesurer l'isolation entre deux pièces, la transmission des bruits de choc et l'isolation des façades. Pour un mesureur, la connaître permet de choisir les bonnes positions de haut-parleur et de microphone, de justifier ses calculs et de savoir quand une méthode plus simple, dite « de contrôle », est attendue à sa place.

Ce que couvre la série NF EN ISO 16283

La série compte trois parties. Elles ont remplacé, à partir de 2014, les anciennes normes de la série ISO 140 (parties 4, 5, 7 et 14), que beaucoup de rapports citent encore. Les trois parties partagent le même domaine : des pièces de 10 à 250 m³, des fréquences de 50 à 5 000 Hz, meublées ou non.

Les trois parties de la série ISO 16283 (mesurages in situ)
PartieObjetÉdition de référence
NF EN ISO 16283-1Isolation aux bruits aériens entre deux pièces2014 (NF de février 2014), amendement 1 de 2017
ISO 16283-2Isolation aux bruits de choc (machine à chocs ou ballon en caoutchouc)3e édition, juillet 2020
ISO 16283-3Isolation des façades aux bruits aériens extérieurs (méthodes par élément ou globales)février 2016

Les résultats sont mesurés par bande de fréquences, puis résumés en une valeur unique avec la norme NF EN ISO 717-1 (bruits aériens) ou 717-2 (chocs). C'est cette étape qui produit les indices DnT,A ou L'nT,w de la réglementation, détaillés dans notre article sur les indicateurs acoustiques DnT,A, L'nT,w et DnT,A,tr.

Méthode d'expertise, méthode de contrôle

L'ISO 16283 est une méthode dite d'« ingénierie » : précise, mais exigeante en positions et en temps. Son introduction renvoie, pour les méthodes plus rapides « d'enquête », à la norme ISO 10052. La distinction compte pour la réglementation française, comme on le verra plus bas.

De L1 − L2 au DnT : la chaîne de calcul de la partie 1

La NF EN ISO 16283-1 demande trois séries de mesurages : le niveau sonore dans la salle d'émission (L1) et dans la salle de réception (L2) avec la source en marche ; le bruit de fond dans la salle de réception, source éteinte ; la durée de réverbération T de la salle de réception, c'est-à-dire le temps que met le son pour décroître de 60 dB après l'arrêt de la source.

On en tire, bande par bande :

  • l'isolement brut D = L1 − L2 ;
  • l'isolement standardisé DnT = D + 10 lg(T / T0), avec T0 = 0,5 s pour les logements ;
  • si besoin, l'indice d'affaiblissement apparent R' = D + 10 lg(S / A), où S est la surface du séparatif et A l'aire d'absorption équivalente de la salle de réception (A = 0,16 V / T, formule de Sabine).

DnT est l'indicateur le plus proche de la gêne ressentie ; R' sert surtout à comparer un résultat de chantier à une performance de laboratoire. La norme explique le choix de 0,5 s : dans un logement meublé, la durée de réverbération varie peu avec le volume et reste proche de cette valeur. C'est aussi la durée de référence fixée par l'article 8 de l'arrêté du 30 juin 1999.

Quel sens de mesure ?

Quand les deux pièces n'ont pas le même volume, DnT dépend du sens de transmission : il est plus élevé si l'on émet depuis la petite pièce vers la grande. La norme note que les réglementations prévoient en général de prendre la plus petite pièce comme salle de réception, ce qui donne le résultat le plus défavorable.

Positions de haut-parleur et de microphone

C'est la question pratique la plus fréquente. Le mode opératoire par défaut de la partie 1 fixe des règles précises, résumées sur le schéma et dans le tableau ci-dessous.

Vue en plan (principe, échelle non respectée) Séparatif Salle d'émission → niveau L1 Salle de réception → L2 + bruit de fond B + durée T 1 2 Haut-parleur, position 1 Haut-parleur, position 2 ≥ 1,4 m ≥ 1,0 m Haut-parleur : au moins 2 positions, à ≥ 0,5 m des parois Microphone : au moins 5 positions par salle (par position de haut-parleur), hors grille régulière Limite de 0,5 m autour des parois de la salle d'émission (position de haut-parleur)
Plan de principe d'une mesure d'isolement aux bruits aériens selon la NF EN ISO 16283-1 (§ 7.2.2 et 7.3.2). Positions illustratives, échelle non respectée.
Principales règles de positionnement de la NF EN ISO 16283-1 (mode opératoire par défaut)
ÉlémentRègleClause
SourceAu moins 2 positions de haut-parleur (ou 2 haut-parleurs simultanés de même type, signaux non corrélés)7.1, 7.2.1
Distance haut-parleur / parois≥ 0,5 m ; il convient d'avoir ≥ 1,0 m quand la paroi est le séparatif7.2.2
Distance entre positions de haut-parleur≥ 0,7 m, et au moins deux positions distantes de ≥ 1,4 m7.2.2
Mesure d'un plancherBase du haut-parleur à ≥ 1,0 m au-dessus du sol de la salle supérieure7.2.2
Spectre émisBruit stable et continu ; pas plus de 8 dB d'écart entre bandes de tiers d'octave voisines au-dessus de 100 Hz7.2.1
Microphone fixeAu moins 5 positions par salle (par position de haut-parleur), jamais dans un même plan, pas en grille régulière7.3.2
OpérateurTronc du corps à au moins une longueur de bras du microphone7.3.1
Petites salles (< 25 m³)Mesures complémentaires dans les coins pour les bandes de 50, 63 et 80 Hz6

Les niveaux mesurés aux différentes positions ne se moyennent pas arithmétiquement, mais en moyenne énergétique : on convertit chaque niveau en énergie, on fait la moyenne, puis on revient en décibels. Exemple fictif à 500 Hz, cinq positions en réception : 30,4, 35,9, 31,8, 34,6, 29,7 dB. La moyenne énergétique vaut 33,1 dB, contre 32,5 dB en moyenne arithmétique. La moyenne énergétique donne plus de poids aux niveaux les plus forts ; l'écart grandit quand les niveaux sont dispersés, ce qui arrive surtout aux basses fréquences.

La norme admet plusieurs façons d'échantillonner : microphones fixes sur trépied, microphone tenu à la main en position fixe, microphone tournant mécanisé ou déplacé à la main. Toutes sont considérées comme équivalentes. En cas de litige, le résultat de référence est celui obtenu sans opérateur dans les salles, car sa présence ajoute de l'absorption et du bruit. Enfin, la norme déconseille d'ajouter temporairement des meubles ou des diffuseurs dans les pièces.

Matériel, bandes de fréquences et étalonnage

La partie 1 impose des instruments de classe 0 ou 1 au sens de la norme CEI 61672-1 (sonomètres), avec des filtres de même classe. Les mesures se font en bandes de tiers d'octave, au minimum de 100 à 3 150 Hz ; les bandes de 50 à 80 Hz et de 4 000 à 5 000 Hz sont ajoutées si l'on veut des informations complémentaires.

La chaîne de mesure est contrôlée avec un calibreur au début et à la fin de chaque série, et au moins au début et à la fin de chaque journée. Si deux contrôles successifs diffèrent de plus de 0,5 dB, les mesures faites depuis le dernier contrôle satisfaisant sont écartées. Sauf réglementation nationale contraire, la norme recommande d'étalonner le calibreur au moins tous les ans et de vérifier sonomètre et filtres au moins tous les deux ans.

La durée de réverbération se mesure selon la norme ISO 3382-2, par la méthode du bruit interrompu ou de la réponse impulsionnelle intégrée.

Mesure réglementaire en France : ISO 16283 ou guide DGALN ?

C'est le point qui surprend le plus les mesureurs. Pour l'attestation acoustique des logements neufs, l'arrêté du 26 décembre 2023 définit une « mesure acoustique » (émission, réception, bruit de fond, durée de réverbération) et le nombre de mesures à réaliser, mais il ne cite pas de norme de méthode. L'arrêté du 30 juin 1999, lui, renvoie à un arrêté de modalités qui s'appuie sur la norme NF S 31-057, annulée en mai 2008.

Le guide n° 6 du Conseil national du bruit (CNB, octobre 2024) recommande donc d'appliquer le guide de mesures acoustiques de la DGALN (direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature, août 2014) pour les bâtiments d'habitation. Ce guide s'inspire de la norme NF EN ISO 10052, une méthode de contrôle plus légère que l'ISO 16283.

Mesure d'isolement aux bruits aériens : NF EN ISO 16283-1 et guide de mesures acoustiques DGALN comparés
PointNF EN ISO 16283-1 (2014)Guide DGALN (août 2014)
NatureMéthode d'ingénierieMéthode de contrôle, inspirée de la NF EN ISO 10052
Bandes de fréquencesTiers d'octave, 100 à 3 150 Hz au minimumOctaves, 125 à 2 000 Hz
Positions de sourceAu moins 2Au moins 1 (au milieu d'une diagonale du local d'émission)
Positions de microphoneAu moins 5 par salle et par position de sourceAu moins 2, sauf si le local ne le permet pas
Bruit de fondCorrection selon l'article 9 de la normeSignal supérieur d'au moins 6 dB au bruit de fond
Durée de réverbérationSelon ISO 3382-2T20 mesuré ; estimation forfaitaire proscrite
SonomètreClasse 0 ou 1Classe 1 ou 2
À retenir

Pour une attestation acoustique, la méthode attendue est celle du guide DGALN, avec l'incertitude réglementaire de 3 dB décrite dans notre article sur la NRA. Une mesure faite selon la NF EN ISO 16283-1 reste la référence pour une expertise ou un litige, mais elle prend plus de temps. Indiquez toujours dans le rapport la méthode suivie.

Exemple de calcul pas à pas (valeurs fictives)

Voici un exemple fictif, en bandes d'octave pour rester lisible : un séjour (salle d'émission) et une chambre voisine de 30 m³ (salle de réception). Comme la chambre dépasse 25 m³, le mode opératoire basses fréquences n'est pas nécessaire. Les niveaux sont des moyennes énergétiques ; toutes les valeurs sont illustratives.

Exemple fictif : calcul de D et DnT par bande d'octave (valeurs illustratives)
BandeL1 (dB)L2 (dB)Bruit de fond (dB)L2 − bruit de fondT (s)D (dB)DnT (dB)
125 Hz88,045,030,015,00,6243,043,9
250 Hz90,038,026,012,00,5552,052,4
500 Hz91,033,022,011,00,5058,058,0
1 000 Hz90,028,020,08,00,4862,061,8
2 000 Hz88,025,018,07,00,4563,062,5

À 125 Hz, la chambre résonne plus longtemps que la référence (0,62 s) : DnT est supérieur de 0,9 dB à D. À 2 000 Hz, elle est plus amortie (0,45 s) : DnT perd 0,5 dB. Le bruit de fond reste au moins 6 dB sous L2 dans toutes les bandes : aucune bande n'est à rejeter. Il reste ensuite à pondérer la courbe selon la NF EN ISO 717-1 pour obtenir DnT,A, puis à comparer le résultat à l'exigence.

Exemple fictif : D et DnT par bande d'octave (dB) 30 40 50 60 70 43,0 43,9 125 Hz T = 0,62 s 52,0 52,4 250 Hz T = 0,55 s 58,0 58,0 500 Hz T = 0,50 s 62,0 61,8 1 000 Hz T = 0,48 s 63,0 62,5 2 000 Hz T = 0,45 s D = L1 − L2 DnT = D + 10 lg(T / 0,5) dB
Isolement brut D et isolement standardisé DnT de l'exemple fictif : la standardisation à 0,5 s relève les basses fréquences et abaisse les aiguës de cette pièce.

Points de vigilance pour le mesureur

  • Citer la bonne norme : l'ISO 140-4 est remplacée depuis 2014. Un rapport qui la cite encore paraît daté.
  • Annoncer la méthode : guide DGALN pour l'attestation, ISO 16283 pour une expertise. Une mesure à deux positions de micro ne peut pas se réclamer de l'ISO 16283-1.
  • Tracer les volumes : le volume de chaque pièce décide du mode basses fréquences (seuil de 25 m³) et du sens de mesure.
  • Consigner les calibrages début et fin de série, avec la valeur lue : c'est la première pièce demandée en cas de contestation.
  • Protéger son audition dans la salle d'émission, mais retirer la protection en réception pour entendre les bruits parasites, comme le recommande la norme.

Pour voir comment ces données se présentent dans un document final, consultez notre exemple de rapport.

Données à télécharger

Questions fréquentes

Que couvre la norme NF EN ISO 16283 ?

Elle couvre la mesure, dans le bâtiment fini, de l'isolation acoustique : bruits aériens entre pièces (partie 1), bruits de choc (partie 2) et façades (partie 3). Elle s'applique aux pièces de 10 à 250 m³, de 50 à 5 000 Hz, meublées ou non, et donne des résultats par bande de fréquences ensuite pondérés selon l'ISO 717.

Quelles positions de micro faut-il utiliser ?

Selon la NF EN ISO 16283-1, au moins cinq positions de microphone fixe par salle et par position de haut-parleur. Elles doivent être réparties dans tout l'espace autorisé, jamais dans un même plan par rapport aux parois et pas sur une grille régulière. L'opérateur se tient à au moins une longueur de bras du microphone.

La NF EN ISO 16283 est-elle obligatoire pour l'attestation acoustique ?

Non. Les arrêtés en vigueur ne l'imposent pas. Pour les logements neufs, le guide n° 6 du CNB recommande d'appliquer le guide de mesures acoustiques de la DGALN (2014), inspiré de la NF EN ISO 10052. La NF EN ISO 16283 reste la référence pour une expertise ou un litige.

Quelle différence entre DnT et R' ?

DnT ramène l'isolement mesuré à une durée de réverbération de 0,5 s : il traduit la gêne ressentie et sert aux exigences réglementaires. R' rapporte l'isolement à la surface du séparatif et à l'absorption de la pièce de réception : il sert à comparer un résultat de chantier à une performance de laboratoire.

Sources et textes de référence

  1. NF EN ISO 16283-1 — Mesurage in situ de l'isolation acoustique des bâtiments et des éléments de construction, partie 1 : isolation des bruits aériens — AFNOR (février 2014)
  2. ISO 16283-1:2014 — extrait public (avant-propos, articles 1 à 7) — ISO / iTeh Standards (2014)
  3. ISO 16283-2:2020 — Isolation des bruits de choc — ISO / iTeh Standards (juillet 2020)
  4. ISO 16283-3:2016 — Isolation des bruits de façades — AFNOR (février 2016)
  5. Guide de mesures acoustiques — Ministère — DGALN (août 2014)
  6. Guide du CNB n° 6 — Réglementations acoustiques des bâtiments (§ 6.2 : méthodes de mesure) — Conseil national du bruit / CidB (octobre 2024)
  7. Arrêté du 30 juin 1999 relatif aux caractéristiques acoustiques des bâtiments d'habitation (articles 8 et 9) — Légifrance (version en vigueur au 12 octobre 2026)
  8. Arrêté du 26 décembre 2023 relatif à l'attestation du respect de la réglementation acoustique applicable en France métropolitaine aux bâtiments d'habitation neufs (article 2) — Légifrance (26 décembre 2023)

Article rédigé à partir des textes en vigueur à la date de publication. La réglementation évolue : vérifiez toujours la version applicable à votre projet (date de dépôt du permis de construire).