PERITIA
Qualité de l'air & confort · Guide

Chauffage d'appoint et monoxyde de carbone : les risques

Poêle à pétrole, chauffage au gaz, brasero : un chauffage d'appoint mal utilisé peut libérer du monoxyde de carbone, gaz invisible et inodore. Appareils en cause, symptômes, détecteur et bons réflexes.

L'essentiel en bref

  • Environ 3 000 personnes sont intoxiquées chaque année en France par le monoxyde de carbone (CO), et une centaine en meurent (Santé publique France).
  • Les chauffages d'appoint à combustion sans conduit (pétrole, gaz) rejettent leurs gaz brûlés dans la pièce : ils sont conçus pour une utilisation brève, jamais en continu.
  • Un radiateur électrique ne produit pas de CO ; brasero, barbecue, cuisinière et groupe électrogène ne doivent jamais servir à chauffer un local fermé.
  • Les entrées d'air et la VMC doivent rester dégagées : l'arrêté du 24 mars 1982 exige que l'aération assure les débits nécessaires aux appareils à combustion.
  • Le détecteur de CO (norme NF EN 50291-1) n'est pas obligatoire à ce jour, mais il est utile ; en cas d'alerte : aérer, évacuer, appeler le 15, le 18 ou le 112.
Sommaire
  1. Monoxyde de carbone : un risque qui revient à chaque saison de chauffe
  2. Quels chauffages d'appoint produisent du monoxyde de carbone ?
  3. Ventilation et monoxyde de carbone : pourquoi les entrées d'air comptent
  4. Comment le CO agit sur l'organisme
  5. Détecteur de monoxyde de carbone : utile, mais pas obligatoire
  6. Que faire en cas de suspicion d'intoxication au CO ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Un chauffage d'appoint au pétrole, au gaz ou au bois produit du monoxyde de carbone (CO) : un gaz invisible, inodore et sans saveur, qui intoxique chaque hiver des milliers de personnes en France. Les appareils mobiles sans conduit sont les plus exposants, parce que leurs gaz brûlés restent dans la pièce. Voici quels appareils sont en cause, comment le CO agit sur l'organisme, quel détecteur choisir et que faire si l'alarme sonne.

Monoxyde de carbone : un risque qui revient à chaque saison de chauffe

Selon Santé publique France, environ 3 000 personnes sont intoxiquées chaque année en France de façon accidentelle par le CO, et une centaine en meurent (communiqué du 14 novembre 2024). L'agence évoque aussi, sur sa page de référence, près de 4 000 intoxications dénombrées chaque année : l'ordre de grandeur varie selon les années et le mode de comptage, mais il reste de plusieurs milliers de cas.

La période à risque est la saison de chauffe, d'octobre à avril. Les données régionales montrent que le sujet ne recule pas. En Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), l'Agence régionale de santé (ARS) a recensé 183 personnes intoxiquées au cours de la saison 2025-2026, contre 137 trois saisons plus tôt.

Personnes intoxiquées au CO en région Paca, par saison de chauffe Épisodes accidentels signalés (source : ARS Paca, communiqué du 29 octobre 2026) 0 50 100 150 200 137 2022-2023 160 2023-2024 178 2024-2025 183 2025-2026 48 épisodes en 2025-2026, sans décès recensé dans la région.
Personnes intoxiquées au monoxyde de carbone en région Paca, saisons de chauffe 2022-2023 à 2025-2026. Données : ARS Paca, communiqué du 29 octobre 2026.

En Grand Est, l'ARS a compté pour l'hiver 2024-2025 (du 1er octobre au 30 avril) 76 épisodes, 243 personnes exposées, 109 hospitalisations et 5 décès. Parmi les causes qu'elle cite figurent en premier les chauffages d'appoint utilisés en continu.

Quels chauffages d'appoint produisent du monoxyde de carbone ?

Le CO se forme lors d'une combustion incomplète, quand un combustible (bois, gaz, fioul, pétrole, charbon) brûle avec trop peu d'oxygène. Tous les combustibles sont concernés. Un appareil électrique, lui, ne brûle rien : il ne produit pas de CO.

Deux familles d'appareils doivent être distinguées :

  • Les appareils raccordés à un conduit (chaudière, poêle, insert) : les fumées sont évacuées dehors. Le risque apparaît quand le conduit est encrassé, obstrué ou mal dimensionné, ou quand l'appareil est mal entretenu.
  • Les appareils non raccordés (poêle à pétrole, chauffage mobile au gaz, panneau radiant) : les gaz brûlés sont rejetés directement dans la pièce. Seule la ventilation les dilue et les évacue. Ces appareils sont, selon Santé.fr, « conçus pour une utilisation brève ».
Chauffages d'appoint et appareils détournés : combustion, risque CO et bon usage
AppareilCombustion ?Risque de COBon usage
Radiateur électrique mobile (bain d'huile, convecteur, soufflant)NonAucun (pas de combustion)Respecter la notice ; ne pas couvrir l'appareil
Poêle à pétrole (combustible liquide)OuiÉlevé si usage prolongé ou pièce mal ventiléeUsage bref et ponctuel, pièce ventilée, jamais en continu
Chauffage mobile au gaz (butane, propane), panneau radiantOuiÉlevé si usage prolongéUsage bref, jamais en continu, orifices d'aération dégagés
Brasero, barbecue, réchaud de campingOuiTrès élevé en local ferméJamais pour se chauffer à l'intérieur
Cuisinière, four à gazOuiÉlevé si détourné en chauffageJamais pour chauffer une pièce
Groupe électrogène, motopompe thermiqueOui (moteur)Très élevé en local ferméToujours à l'extérieur, loin des ouvertures
Poêle à bois ou à granulés, insert raccordéOui, gaz évacués par le conduitÉlevé si conduit encrassé ou appareil mal entretenuEntretien et ramonage au moins tous les 12 mois

Les ARS et Santé publique France répètent la même consigne : ne jamais faire fonctionner un chauffage d'appoint en continu, ne jamais utiliser de façon prolongée un panneau radiant au gaz ou un poêle à pétrole, et ne jamais se chauffer avec un appareil qui n'est pas fait pour cela (cuisinière, brasero, barbecue). Les textes consultés ne fixent pas de durée maximale chiffrée : la référence reste la notice du fabricant.

Ce que disent les textes

Les appareils mobiles de chauffage à combustible liquide relèvent du décret n° 92-1280 du 10 décembre 1992, qui impose qu'ils soient fabriqués, marqués et étiquetés pour assurer la sécurité contre l'intoxication, les brûlures et l'incendie. Pour les appareils à combustible solide (poêles, inserts, cuisinières à bois), le décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023 impose depuis le 1er octobre 2023 un entretien et un ramonage au moins tous les 12 mois.

Ventilation et monoxyde de carbone : pourquoi les entrées d'air comptent

Dans une pièce chauffée par un appareil sans conduit, le CO n'a qu'une sortie : le renouvellement d'air. Les entrées d'air des fenêtres et les bouches d'extraction de la ventilation mécanique contrôlée (VMC) apportent l'oxygène nécessaire à la combustion et évacuent les gaz brûlés. D'après la fiche toxicologique de l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS), la densité du CO est de 0,97 par rapport à l'air : il se mélange à l'air de la pièce au lieu de s'accumuler au sol ou au plafond.

Chauffage d'appoint à combustion : où vont les gaz brûlés ? Entrée d'air Bouche d'extraction Appareil sans conduit CO CO₂ H₂O Détecteur CO Le CO s'accumule quand : • l'appareil tourne en continu • les entrées d'air sont bouchées • la VMC est arrêtée ou encrassée • la pièce est petite et fermée • l'appareil est mal réglé ou usé • on y brûle ce qui n'est pas prévu (brasero, barbecue, groupe) Schéma de principe, sans échelle. Un radiateur électrique ne brûle rien et ne produit pas de CO.
Principe : un appareil d'appoint à combustion sans conduit rejette ses gaz brûlés dans la pièce ; seule la ventilation les dilue et les évacue. Schéma Peritia, sans échelle.

L'arrêté du 24 mars 1982 relatif à l'aération des logements le prévoit explicitement : « en cas d'installation d'appareils à combustion dans un logement, le système d'aération doit pouvoir assurer les débits nécessaires à leur bon fonctionnement » (article 8). Boucher une entrée d'air contre le froid, couper la VMC pour économiser l'énergie ou laisser les bouches s'encrasser réduit ce débit, précisément au moment où un appareil d'appoint en a le plus besoin.

Les recommandations sanitaires convergent : aérer le logement au moins 10 minutes par jour, même en hiver, et ne jamais obstruer les entrées et sorties d'air. Pour comprendre pourquoi un logement bien isolé et étanche a besoin d'une ventilation qui fonctionne, voir notre article maison étanche et VMC : vrai ou faux, et pour les autres polluants de l'air intérieur, les principaux polluants de l'air intérieur.

Pétrole et gaz : de la vapeur d'eau en plus

Un appareil à combustion sans conduit rejette aussi de la vapeur d'eau et du dioxyde de carbone dans la pièce. Une pièce chauffée ainsi sans ventilation suffisante cumule risque de CO, condensation et moisissures : voir humidité et moisissures dans le logement.

Comment le CO agit sur l'organisme

Inhalé, le CO se fixe sur l'hémoglobine du sang, la protéine qui transporte l'oxygène. Selon l'INRS, l'affinité de l'hémoglobine pour le CO est environ 250 fois supérieure à celle pour l'oxygène. Il se forme de la carboxyhémoglobine (HbCO), et les organes, cerveau et cœur en premier, manquent d'oxygène.

Taux de carboxyhémoglobine (HbCO) dans le sang et effets (fiche toxicologique INRS n° 47, 2021)
Taux d'HbCOSituation ou effet décrit
Moins de 1,5 %Valeur de référence chez un adulte sain non fumeur
5 à 6 %Fumeur d'un paquet de cigarettes par jour
2,4 à 5,8 %Aggravation de la morbidité cardiovasculaire observée chez les personnes coronariennes
Plus de 20 %Augmentation du débit cardiaque, acidose lactique
50 à 80 %Perte de connaissance et risque de décès

Les premiers signes sont peu spécifiques : maux de tête, fatigue inhabituelle, nausées, vomissements, vertiges, parfois une confusion. Ils sont facilement confondus avec une grippe ou une indigestion. Un indice doit alerter : plusieurs personnes du même logement présentent les mêmes symptômes, ou ils s'atténuent quand on sort de chez soi. Dans les formes graves surviennent perte de connaissance, coma et décès. Les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées et les personnes souffrant de maladies cardiaques ou respiratoires sont les plus vulnérables, selon l'ARS Paca.

Détecteur de monoxyde de carbone : utile, mais pas obligatoire

Contrairement au détecteur de fumée, obligatoire dans les logements, le détecteur de monoxyde de carbone n'est pas imposé par la loi à ce jour. Plusieurs propositions de loi ont été déposées pour le rendre obligatoire, dont celle enregistrée à l'Assemblée nationale le 19 novembre 2024 (n° 606) et celle déposée au Sénat le 12 octobre 2026 (n° 27), qui prévoit au moins un détecteur « normalisé » par logement. Aucune n'est adoptée.

Si vous utilisez un appareil à combustion, un détecteur reste une protection simple. Points de repère pour le choisir et l'installer :

  • choisir un détecteur spécifique au monoxyde de carbone (un détecteur de fumée ne détecte pas le CO), conforme à la norme NF EN 50291-1 (avril 2018) relative aux appareils électriques de détection du CO dans les locaux domestiques ;
  • l'installer à l'emplacement et à la hauteur indiqués par la notice du fabricant ;
  • le tester régulièrement et le remplacer à la fin de sa durée de vie indiquée par le fabricant.
Le détecteur ne remplace pas l'entretien

Un détecteur alerte quand le CO est déjà présent. La prévention repose d'abord sur l'entretien annuel des appareils et des conduits par un professionnel qualifié, avant la saison de chauffe, et sur une ventilation qui fonctionne.

Que faire en cas de suspicion d'intoxication au CO ?

Si plusieurs personnes ont mal à la tête ou des nausées dans une pièce chauffée par un appareil à combustion, ou si le détecteur sonne, Santé publique France et les ARS recommandent d'agir dans cet ordre :

  1. Aérer immédiatement : ouvrir portes et fenêtres, si cela ne retarde pas l'évacuation.
  2. Arrêter les appareils à combustion si possible.
  3. Évacuer les lieux, avec toutes les personnes présentes.
  4. Appeler les secours depuis l'extérieur : 15 (Samu), 18 (pompiers) ou 112 ; 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes.
  5. Ne pas revenir dans le logement avant l'avis d'un professionnel.

Après une intoxication, l'appareil en cause et l'installation doivent être vérifiés avant toute remise en service. Si un défaut de ventilation est en cause, le contrôle des débits aux bouches et de l'état du réseau par un professionnel permet d'en trouver l'origine : c'est l'objet de la vérification des systèmes de ventilation.

Données à télécharger

Questions fréquentes

Quels chauffages d'appoint sont dangereux ?

Tous les appareils qui brûlent un combustible : poêle à pétrole, chauffage mobile au gaz butane ou propane, panneau radiant au gaz, et a fortiori brasero, barbecue ou cuisinière détournés pour se chauffer. Les appareils sans conduit sont les plus exposants, car leurs gaz brûlés restent dans la pièce. Un radiateur électrique mobile ne produit pas de monoxyde de carbone.

Quel détecteur de monoxyde de carbone choisir ?

Un détecteur spécifique au CO, conforme à la norme NF EN 50291-1 relative aux détecteurs de monoxyde de carbone à usage domestique. Un détecteur de fumée ne détecte pas le CO. Installez-le à l'endroit indiqué par la notice du fabricant, testez-le régulièrement et remplacez-le en fin de vie.

Le détecteur de monoxyde de carbone est-il obligatoire ?

Non, pas à ce jour. Seul le détecteur de fumée est obligatoire dans les logements. Des propositions de loi visant à imposer un détecteur de CO ont été déposées, à l'Assemblée nationale en novembre 2024 et au Sénat en octobre 2026, mais aucune n'a été adoptée. L'entretien annuel des appareils à combustion, lui, est obligatoire.

Quels sont les symptômes d'une intoxication au monoxyde de carbone ?

Maux de tête, fatigue inhabituelle, nausées, vomissements et vertiges sont les premiers signes, faciles à confondre avec une grippe. Ils doivent alerter s'ils touchent plusieurs personnes du même logement. Dans les formes graves surviennent perte de connaissance, coma et décès. En cas de doute : aérer, évacuer et appeler le 15, le 18 ou le 112 depuis l'extérieur.

Combien de temps peut-on utiliser un chauffage d'appoint au pétrole ou au gaz ?

Le moins longtemps possible : ces appareils sont conçus pour une utilisation brève et ne doivent jamais fonctionner en continu. Les recommandations officielles ne fixent pas de durée chiffrée ; suivez la notice du fabricant, gardez les entrées d'air dégagées et aérez la pièce au moins 10 minutes par jour.

Sources et textes de référence

  1. Les intoxications au monoxyde de carbone peuvent concerner chacun de nous et avoir des conséquences graves (communiqué de presse) — Santé publique France (14 novembre 2024)
  2. Monoxyde de carbone : les enjeux de santé — Santé publique France (consulté le 2 novembre 2026)
  3. Monoxyde de carbone, les bons réflexes pour prévenir les intoxications cet hiver — ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur (29 octobre 2026)
  4. Comment éviter les intoxications au monoxyde de carbone ? — ARS Grand Est (17 octobre 2025)
  5. Monoxyde de carbone — Santé.fr (mise à jour 2026)
  6. Fiche toxicologique n° 47 : Monoxyde de carbone — INRS (avril 2021)
  7. Arrêté du 24 mars 1982 relatif à l'aération des logements (article 8) — Légifrance (version en vigueur au 12 octobre 2026)
  8. Décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023 relatif à l'entretien des foyers et appareils de chauffage, de cuisine et de production d'eau chaude — AIDA (Ineris) (juillet 2023)
  9. Appareils mobiles de chauffage à combustible liquide — Direction générale des entreprises (mise à jour du 15 avril 2025)
  10. Proposition de loi n° 27 (2026-2027) relative à la prévention des risques d'intoxication au monoxyde de carbone — Sénat (12 octobre 2026)

Article rédigé à partir des textes en vigueur à la date de publication. La réglementation évolue : vérifiez toujours la version applicable à votre projet (date de dépôt du permis de construire).